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La récupération industrielle de l'agriculture bio ou l'envers du décor !

L'agriculture bio se voulait à l'origine une agriculture paysanne, sans produits phytosanitaires, de proximité, distribuée en circuit court, et permettant un niveau de rétribution plus respectueux du travail des producteurs, cette vision là si elle est encore mise en œuvre par la plupart des agriculteurs bio n'est malheureusement pas la seule.

D'autres ont vu dans l'intérêt porté par les consommateurs une opportunité de 'nouveau marché', et avec l'aide des législateurs Européens notamment, ont crée ou copié devrais-je dire, certaines façons de faire de l'agriculture intensive et industrielle, vidant par là même l'agriculture biologique de tout son sens sociétal.

Là où l'on croit favoriser l'émergence de nouvelles pratiques, qui selon moi, sont en fait un retour à ce qu'était, tout simplement, l'agriculture de nos aïeuls, même si c'est un peu plus complexe que cela, on tombe dans ce que l'article qui va suivre qualifie à raison de piège de la 'grande consommation' accaparée par la 'grande distibution'.

Cette agriculture paysane que pratiquaient nos ancêtres, avant que les produits phytosanitaires n'apparaissent, imposés par les firmes semencières productivistes, orientant l'agriculture vers l'intensif monocultural, et ce n'est pas si lointain que cela, était une forme de bio, nous n'inventons rien, nous reprenons plutôt un héritage, des pratiques auxquelles ont aurait soustrait une dévoyance de quelques décennies, un retour aux sources en quelque sorte.

La déviance n'est pas nouvelle, et elle trouve sont origine dans les diverses réglementations qui avec le temps ont dilué le cahier des charges original des précurseurs de l'agriculture biologique, qui voyaient à travers elle, non seulement un changement de pratiques, mais bien un changement sociétal, une autre vision du monde, nous somme en 2011, et déjà les nouveaux contours se dessinent, et les premières alertes sont lancées :

http://alerte-environnement.fr/2011/03/02/le-bio-sur-le-grill-du-monde-diplomatique/

Extrait :

Entrée en vigueur le 1er janvier 2009, une nouvelle réglementation européenne permet, entre autres, 0,9 % d’OGM dans les produits bio et des dérogations pour les traitements chimiques (4). « La bio est totalement incompatible avec les OGM, réagit M. Guy Kastler, éleveur dans l’Hérault et militant de Nature et Progrès. Nous, nous continuons à exiger 0 % d’OGM ! La nouvelle réglementation définit des standards et ne se soucie plus des pratiques agricoles. On est passé d’une obligation de moyens quelle méthode de culture utilisée ? à une obligation de résultat quel résidu est décelable dans le produit fini ? C’est la porte ouverte à la généralisation d’une agriculture bio industrielle. »

Une simple déclaration d'un acteur opportuniste révélait déjà bien l'état d'esprit déviant qui était en train de poindre :

Autre extrait :

« Les écolos et les soixante-huitards ont laissé la place aux professionnels ! » Ainsi s’exprimait en juin 2009 un technicien de la coopérative Terres du Sud qui, dans le Lot-et-Garonne, organisait une journée « découverte » dans des élevages intensifs de… poulets biologiques.

Comme si le professionalisme ou le travail bien fait ne pouvait s'apparenter qu'à des pratiques 'industrielles intensives', comme si le bio ça pouvait être la même chose que l'agriculture mondialisée avec juste un peu moins de phytosanitaires dedant !

Voir cet autre article également, édifiant :

a look

http://www.dangersalimentaires.com/2011/03/lindustrialisation-du-bio/

 

Et voici aussi en extrait la conclusion d'un autre article fort intéressant que je vous recommande :

 

L’agriculture bio est en passe de se retrouver intégrée dans le concept d’AEI (agriculture écologiquement intensive, selon la novlangue libérale) avec l’abandon ou la simplification du labour, mais aucune interdiction des intrants chimiques ou des pesticides de synthèse ou même des OGM n’y figure ! C’est le même problème qu’avec la consommation de viande dans les pays riches et les agrocarburants qui ont des répercussions négatives sur la faim dans le monde et sur l’environnement : tout se tient. Une autre dérive, en France, est à signaler : l’agriculture à ‘haute valeur environnementale’ promue par France nature environnement (FNE) sans aucune considération sociale ni critique de l’intégration de l’agriculture dans le marché mondial.
Si la prétention de l’agriculture chimique à nourrir toute l’humanité achoppe sur le constat qu’un milliard d’humains sont affamés et qu’en outre l’environnement est fortement dégradé, il faut éviter de s’accrocher à la bouée d’une bio labellisée par les riches et fabriquée par les pauvres !
La bio industrielle ne peut qu’accroître les inégalités sociales et le pillage des pays du Sud ; la certification vise à stimuler le commerce international au profit des pays riches, car les paysans pauvres continuent à se nourrir avec des céréales souvent importées, de moindre qualité et dont la culture chimique est destructrice. En revanche, les auteurs affirment avec Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, que la bio et l’agroécologie peuvent nourrir le monde car elles ont d’autres valeurs que le marché, la concurrence, le profit. Cela dit, et pour éviter tout enthousiasme démobilisateur, il faut prendre en compte un monde à la démographie galopante et à l’urbanisation effrénée qui détruit les terres agricoles. En 2009, Minga  et N&P avaient proposé aux candidats, lors des élections européennes, sous la bannière « Alimentons l’Europe » (renouvelé en 2012 à l’occasion des présidentielles et législatives) un modèle d’agriculture n’épuisant pas les sols, adaptée à chaque territoire, peu gourmande en eau, capable de nourrir ses agriculteurs et les populations avoisinantes, en créant en Europe deux millions d’emplois dans l’artisanat, le commerce de proximité, en plus du million d’emplois de paysans. Qui en a entendu parler ?

Pour conclure, afin d’éviter que la bio n’induise un apartheid alimentaire toléré par des consommateurs peu enclins à une lutte sociale et pour nourrir toute la population mondiale, il faut remettre en cause les fondements de l’économie capitaliste et libérale à l’origine des inégalités : la bio a un rôle fondamental à jouer dans la transformation nécessaire d’un monde confronté au changement climatique et à l’accroissement des inégalités et des tensions qui en résultent, parce qu’elle est porteuse d’un projet de société.

 

Tiré de l'article suivant :

http://www.larevuedesressources.org/l-agriculture-bio-a-la-croisee-des-chemins,2368.html

 

 

2012, le livre de Philippe Baqué fait parler de lui :

http://www.bastamag.net/article2810.html

Extrait :

La question du prix est-elle essentielle ?

Des prix de plus en plus bas, la défense du pouvoir d’achat, c’est le combat de la grande distribution. Mais on ne parle jamais du vrai prix des produits « conventionnels », de ce qui n’apparait pas. Pour une tomate « conventionnelle » produite de façon industrielle en Espagne, on ne parle pas du coût du transport, de son coût environnemental, des aides publiques dont cette production bénéficie. Et encore moins des coûts sanitaires dus aux pesticides. Si on prend tout en compte, et que l’on réduit les marges des intermédiaires et des supermarchés, le prix d’une tomate biologique ne serait pas si éloigné du prix d’une tomate conventionnelle. Il n’est pas normal non plus que ce soit les producteurs bio qui paient la certification. Ce devrait être aux pollueurs de payer. Et les maraîchers travaillent 14 heures par jour, six ou sept jours par semaine. Il est essentiel de payer leur travail au juste prix.

Ne touchons nous pas là au nœud de la question ?

Le faible pouvoir d'achat d'une grande part de la population, largement intensifié et s'élargissant, sert de terreau à ce qu'il y a de plus terrible dans l'état actuel de notre société, à vouloir par choix pour certains, mais surtout par nécessité pour le plus grand nombre, acheter le moins cher possible, tout type de produits, nous générons bien involontairement ces malveillances, et il devient de plus en plus difficile à quiconque de se cacher derrière une méconnaisse ou une inconscience autoproclamée 'circonstance atténuante', tant cette vérité est maintenant largement diffusée.

La crise actuelle va évidemment encore aggraver les choses, et l'agriculture bio subit elle aussi les affres de ce cercle vicieux.

Favorisons les circuits court, les producteurs locaux ou prochent, mêmes s'ils ne sont pas labellisé, car il existe une dynamique qui peut favorablement les encourager à 'mieux' produire si notre demande les y incitent, et s'il y trouvent une rémunération favorable.

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