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Le principe de l'action non violence est-il adapté et équitable face à la violence systémique institutionnelle ?

Il y a des questions comme celle là, auxquelles je me confronte de plus en plus régulièrement, d'ailleurs vous en trouverez traces nombreuses sur ce blog, tant elle revient régulièrement.

Au coeur de ce questionnement bien que cela soit souvent occulté, non-dit, nié, il y a chez moi, et là je ne parle bien que de moi et de ma seule personne, un doute dont je ne peux me défaire et qui me hante, suis-je non-violent parce que c'est vraiment le choix déterminé qui me semble le plus efficace et le seul admissible, ou parce que je suis un pleutre ?

Se poser la question n'induit-il pas la réponse comme diraient certain·e·s ! Voilà encore un concept que j'ai bien de la peine à comprendre, passons !

Je ne me suis pas extirpé d'une nature violente, celle ci ne m'a jamais habité, ou alors pas consciemment. Je n'ai pas mémoire d'avoir eu à lutter beaucoup contre des comportements physiquement réactifs, tant ils ont été rares et tant j'ai pu en règle générale les refréner facilement, un seul acte violent de ma part reste gravé et indissoluble, je ne le regrette ni ne le revendique, il fut de ce type réactif sans aucune intention préméditée, instinctif dirais-je, autodéfense serait pourtant impropre il me semble car la situation ne méritait sans doute pas une réponse que je qualifie moi même à froid d'inadaptée. C'était en 4ème ou 5ème, dans ma classe un cousin germain, plus taquin que bagarreur n'avait de cesse d'importuner, de bousculer, d'agacer, et j'étais l'une de ses cibles favorites, cette situation permanente était installée depuis qu'en 6ème nous nous étions trouvés assignés à suivre la même classe pour la totalité du secondaire, et durait, durait. Un jour, je ne sais même pas me l'expliquer moi-même son énième coup d'épaule appuyé dans le dos me fit sortir de mes gonds, je me retournais prestement pour le prendre en riposte au épaules et le pousser si fort à mon tour qu'il bascula en arrière sans pouvoir résister à pourtant plus gringalet que lui, surpris sans doute par la réplique imprévue de celui qui d'ordinaire n'avait pas de répondant (j'y avais mis, j'en ai un souvenir viscéral toute mes forces), il perdit donc complètement pied et tomba en arrière et se heurta la tête en fin de chute contre un poteau en béton de panneau de basket. Cela lui valu une syncope et un traumatisme crânien, ce souvenir me hante, j'aurais pu le tuer. Il sorti finalement indemne et ne m'en tint jamais grief,  me supprimant même définitivement de ses souffres-douleurs privilégiés, conscient lui même je pense d'avoir sans doute trop provoqué cette réaction. Ce fut sans doute moi qui en tirait en somme la plus grande leçon, je n'avais pas maîtrisé ma "réaction" mon impulsion et si j'avais évité le pire ce n'était sans doute que par chance, depuis lors la non violence non réfléchie d'avant devint plus encore volontaire et déterminée dans mon esprit, non pas que jamais je n'eu plus de réaction intérieure qui m'invitait à une réponse agressive, mais que de tout temps je parvenais à l'éteindre sans lui donner consentement.

Et pourtant je vis une grande violence intérieure, car je suis en fait un être profondément en colère, tant d'injustice, tant d'inégalités, tant d'abus, tant d'escroqueries, tant de vols, tant d'oppressions, tant de persécutions, tant de cruautés, tant de violence et j'écourterais là cette liste non exhaustive, mais jamais je ne laisserais cette virulence exercer une dimension physique envers qui que ce soit, c'est cela la non violence que je vis et celle que je préconise, ne pas accepter que même sa colère ou son ressentiment intérieur ne commande ses actes, lui refuser non pas le droit à la parole et à l'existence, mais la possibilité qu'elle en dépasse le stade.

C'est tout de même une violence ! Je le sais et je sais qu'elle peut-être plus terrible encore que la violence physique, aussi, même celle-ci je la canalise, je la tient soumise à une volonté ferme de ne pas la laisser dicter les formes de mon opposition, de mon indignation, de mon exaspération face à diverses agressions et contraintes pourtant très mal vécues, et a mes yeux inacceptables.

Cette "violence (...) devenue systémique, se nichant au cœur des règles et des structures, de la technologie et du droit, du marché et de la consommation" qu'exprime François Cusset dans cet interview au sujet de son nouveau livre, je la ressens, je la vie, je l'expérimente viscéralement, elle m'habite, elle me consume, comment lui répondre, comment l'affronter, comment la contrer, comment la combattre ?

Suis-je "pacifié" au point de ne plus pouvoir m'opposer avec l'efficience nécessaire pour livrer bataille d'égal à égal à mon adversaire/ennemi...en voilà une question ?

Je travaille à la réponse, ais-je les bonnes armes pour ça ? J'en sais rien !

Deux choses me semblent historiques, la violence physique a émaillé toutes les révolutions et grandes avancées sociales et sociétales, et nulle part elles n'ont permis au bout du compte d'éradiquer la violence. Ce qui me fait penser que la violence engendre systématiquement une autre violence en retour, mais ce peut-être une grave erreur j'en suis conscient, peut-être que la violence est innée, intrinsèque à l'humain, qu'elle n'a pas besoin qu'une autre violence s'exerce pour pouvoir exister ? Si tel est le cas, espérer la non-violence et surtout au delà qu'une non violence effective puisse finalement être victorieuse pourrait être fondamentalement idéologique et utopique, c'est pourtant ce à quoi je m'accroche, et que je défends.

Il y a dans cette vision là de la non violence victorieuse des arguments, je les diffuse dès que j'en découvre qui me semblent pertinents, parce qu'ils me confortent et me rassure également, mais ils sont si rares, ce qui n'invalide pas pour autant leur véracité. De la réponse à ce questionnement dépend bien sûr toute une philosophie de vie, et toutes les formes d'actions que l'on consent à mettre en œuvre pour la défendre. Je me refuse à la violence et encourage à en faire de même, car je crois que c'est la seule voie digne et la seule qui pourrait augurer d'évolution sociétale où la violence de certains n'aurait pas de miroir ni de prétexte, nous en sommes si loin !

S'il y a des violences des autorités institutionnelles défensives il y a des violences de la rue et des opposants à certaines décisions politiques et sociales tout aussi défensives et tout aussi légitimes, même si je ne pense pas que cela soit la bonne réponse à apporter. La violence de plus en plus prégnante de l'État, des banques, du patronat, des classes "supérieures", du "système" (dont un exemple magistral vient d'être vécu par les étudiants de la Fac de Droit de Montpellier, dont j'apprends que le doyen à la posture pour le moins suspecte vient de démissionner) subi par les populations les plus fragiles souvent, les plus revendicatives toujours, bien que masquée, déguisée, fardée, est d'une brutalité froide, implacable et indifférente. Ne pas la regarder en face est sans doute l'une des pires inconséquences que nous puissions commettre en tant que population libre dans une démocratie qui devrait être l'expression et la démonstration du pouvoir du peuple ! 

Est-ce bien ce que nous vivons ? Non.

Qui usurpe ses fonctions, ses prérogatives et ses droits ?

Qui exerce la violence première ? 

De la réponse à cette question dépend l'analyse possible de la situation générale, mais cela ne répond pas pour autant à la question de la réponse à opposer à la violence, ça c'est un choix personnel, choix bien plus complexe qu'il n'y parait.

 

Et je me suis fais violence pour vous livrer cela.

Et je me suis fais violence pour vous livrer cela.

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