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De la location à l'accaparement des terres arables, l'autre abattement des frontières.

L'idée de départ de ce sujet était en quelque sorte de confronter la notion nationaliste, frontiériste d'une grande partie des citoyens partout de part le monde, qui répond à un patriotisme compréhensible, considérée comme légitime, voir naturelle, pour la majeure partie de la population mondiale, (dans la mesure ou l'acceptation de l'acte de propriété* est presque partout estimé comme fondamental, irrévocable et irréfutable), et l'acceptation qui s'étend de se séparer d'une partie de ses terres arables (Acceptation ne touchant probablement que les personnes y trouvant un intérêt personnel quelconque, mais pas la majorité des autres citoyens).

Cette idée de départ s'est vue chamboulée au fil de ma prise d'information sur ce sujet. Deux remises en cause importantes se sont révélées déterminantes, pour éprouver mes convictions, deux de mes opinions préalables se sont vu questionnées, et révisées, c'est tout d'abord le terme d'accaparement des terres qui est remis en question par certains analystes, vous allez comprendre pourquoi je dis cela en préambule, car en effet, attendez vous rapidement à ce que cette terminologie soit évincée du langage officiel, et remplacée par celle "d'Investissement foncier". Je vous encourage donc à écouter une interview radiophonique de France culture (11 minutes) au travers laquelle cette notion d'accaparement est remise en cause, et qui explicite ce que je viens d'énoncer :

* Cette acceptation, mérite déjà qu'on y réfléchisse un tant soit peu, l'histoire de l'Afrique notamment, où des frontières ont été tracées selon des critères indéfendables, en est une démonstration, mais ce questionnement là est quasi tabou, à l'instar de celui touchant à la démographie, deux thèmes épineux et complexes s'il en est.

De la location à l'accaparement des terres arables, l'autre abattement des frontières.

Je tiens juste à préciser que personnellement, quand bien même légalement et officiellement, les systèmes locatifs à très long termes venaient à être exclus des prises en compte de la main basse faite sur les terres en pays 'étranger' je les envisage tout de même comme une forme d'accaparement car je considère que perdre l'usage de ses droits sur une partie de ses terres pendant une très longue durée, équivaut à la perdre, dans la mesure ou quoi qu'il arrive, pendant le temps de ce bail ont ne peut plus y accéder, et en bénéficier.

Toutefois il ne s'agit là que d'une opinion personnelle, et force est de constater qu'elle sera considérée comme idéologique !

La location à long terme, qui devient donc privilégiée, si l'on en croit ces analystes, n'est donc pas une dépossession définitive de ces terres et minimise alors la qualification et l'argumentation d'accaparement des terres, c'est malheureusement recevable, bien que pernicieux.

C'est donc le premier point pour lequel mon point de vue originel est déstabilisé, chacun se fera sa propre opinion bien entendu.

La seconde remise en question de ma position à priori tient dans mon regard et mon approche du nationalisme que j'envisage comme possiblement nocif à plus d'un titre, l'actualité internationale en est la démonstration, je réprouve cet alibi d'un droit de péremption et d'hégémonie monopolisatrice d'un territoire, arguant que l'Histoire nous démontre que l'installation sur des terres est la résultante de nombreux mouvements humains évoluant au cours du temps, au gré des aléas historiques et qu'ils sont le fruit d'une certaine forme de mondialisation très ancienne, au cours de laquelle les terres ont maintes fois changé d'occupants. Comment donc ces territoires sur lesquels nous sommes installés maintenant, et parfois depuis bien peu de temps au regard de l'Histoire, nous appartiendraient-ils "ad vitam aeternam", et surtout comment osons nous établir un droit de rejet et d'exclusion au titre d'une propriété légalisé arbitrairement ?

Sans remettre fondamentalement en question cette approche personnelle de "la propriété", je dois tout de même dire que j'ai été interpellé par la prise de position de quelqu'un que j'écoute d'ordinaire pour un autre sujet qui est celui d'une nouvelle approche, j'oserais même dire d'un 'retour' à la démocratie, tel que j'en l'envisage aussi la tentative, cet homme Etienne Chouard conçoit lui le nationalisme, plutôt comme un droit à l'enracinement, et je dois dire que cet argument ne me laisse pas indifférent, et qu'il mérite je crois d'être inclus dans la réflexion :

Si le droit à l'enracinement me semble en effet acceptable et défendable, (j'ai ressenti auparavant cette envie de lien avec des "racines" 'Bretonnes'), autorise-t-il pour autant un droit à l'exclusivité, et à la répulsion des autres ?

Ma réponse personnelle est non, cette terre, ces territoires nous ont accueillis parfois, mais plus souvent ils ont été arrachés de force à d'autres autochtones précédent, la prise de position et de possession sur des terres a de tout temps été l'objet de rivalités, et ce n'est pas parce que nous sommes les derniers en place, que nous y perdureront, et que nos droits fondamentaux sont pour autant supérieur.

Pourquoi alors, faudrait-il impérativement que cela soit l'objet de conflits, et d'appropriations unilatérales, pourquoi n'accepterions nous pas de partager et recevoir sur nos territoires des êtres en recherche d'une nouvelle terre, et ce d'ailleurs quelques soient les raisons qui sont les leurs ? Le cas échéant nous serions les premiers à revendiquer ce droit si d'aventure nous devions nous trouver à leur place, et qui sait si cette éventualité là n'est pas notre futur !

Carte en provenance d'un des articles mis en liens dans ce billet.

Carte en provenance d'un des articles mis en liens dans ce billet.

De la location à l'accaparement des terres arables, l'autre abattement des frontières.

Après ce long préambule qui m'a semblé nécessaire pour prendre de la hauteur de vue, je redescends sur une actualité contemporaine, dans ce monde ultra-financiarisé où tout se vend, les terres arables ne dérogent pas à cette règle institutionnalisé mondialement.

Après un mouvement accélérés, pendant lequel de nombreux pays se sont lancés dans l'achat de terres cultivables à l'étranger, il semble que ces transactions soient sur une phase de ralentissement, le néocolonialisme agraire marque peut-être le pas, a même pu dire le secrétaire générale de la FAO Jacques Diouf, ceci dit, je ne cache jamais la réserve avec laquelle je considère les chiffres officiels !

Si la motivation première qui a amené les premiers achats de terres productives, qui consistaient à augmenter ses capacités de productions alimentaires, a peut-être perdu un peu de son allant, elle n'en a tout de même pas fini, loin de là ! De nombreux pays sont acculés pour diverses raisons, en proie à un manque vital d'espace pour certains, ou de terres fécondes pour d'autres. S'ajoute aussi à cela d'autres formes de besoins, autres que seulement alimentaires, se sont donc également greffés à ces choix de traverser les frontières pour élargir artificiellement les siennes propres, des intentions productives annexes : outre la production d'agro-carburants, ou d'huile de palme, pour ne citer que les deux plus connus, la seule spéculation motive un autre type d'acheteurs, et celles ci, ne sont pas en décroissance, au contraire !

Si l'on ne se trompe pas en orientant prioritairement ses pensées vers l'Afrique qui concentre environ 40% des accaparement maintenant qualifiés de "transactions foncières", j'ai choisi deux exemples pour élargir la vision de l'ampleur et des affres de ces transferts de propriétés. La plus grande étendue de territoire en passe d'être cédée se trouve sur le continent Australien, 24 000Km2, imaginez la vente du territoire d'Israël, et vous aurez une idée de ce que cela représente. Plus près de nous, et surtout révélant l'un des aspects pernicieux qui se cache derrière ces concessions, tellement visible en Afrique, mais aussi présent sur notre continent, le consentement et la complicité de gouvernements, à ce défaire d'une partie des territoires de leur nations, sans bien sûr l'assentiment de leurs peuples, pour diverses raisons toutes plus ou moins inadmissibles : profits plus ou moins personnels, cadeaux directs ou indirects reçus, reconnaissances accrue d'influence transactionnelle, affirmation de pouvoir etc etc...

Face aux différentes causes de déclin, soit de surfaces, soit de productions, de nombreux territoires auparavant fertiles, se pose une question essentielle, les terres agricoles, ne sont-elles pas l'une des seules véritables richesses de l'avenir ?

C'est une des questions que je me pose, tout comme d'autres, à la fois pour l'aspect alimentaire, mais pas seulement, à l'heure ou les frontières sont, soient annihilées lorsqu'il s'agit des marchés, sous la prédominance des échanges commerciaux pour lesquels l'effacement des frontières est quasiment devenus un objectif absolue, et qui semble n'effrayer qu'une minorité de citoyens soucieux des graves dangers que recèle cette course à la globalisation mercantile, ou redressées et imperméabilisées, au moins dans l'intention, lorsqu'il s'agit de déplacements humains, au titre de la survie pour le plus grand nombre. La mondialisation, ne serait-elle donc acceptable qu'en terme de profit ?

De quoi les frontières devraient-elle nous défendre ? De quels dangers devraient-elles nous préserver, si tant est qu'on en admette et qu'on en accepte l'existence ?

Il se profil un avenir tendu pour le moins, où la priorité des priorité pourrait bien rapidement résider dans la capacité à nourrir l'humanité, mais pas seulement la partie lointaine de ces autres humains dont on a à peine conscience de notre hauteur hautaine de privilégiés insatisfaits car insatiables, mais bien de notre subsistance à nous aussi, humains d'ici, qui acceptons pour le moment encore de voir nos terres salies, abimées, polluées, raréfiées, et dont nous avons perdu la connaissance et la compétence à l'entretenir, et à la faire fructifier sans l'épuiser et la vider de ses substances vitales.

Cette terre et ce qu'elle nous procure, doit nourrir tous ses habitants, c'est, ou ce devrait-être le principe fondamental de la dignité humaine le plus basique, le plus essentielle, auquel devrait s'ajouter la volonté tout aussi primordiale de protéger toute forme de vie, réfuter ce postulat témoigne de l'échec de nos sociétés dites civilisées, de la faillite de nos étalons, de notre archétype, le déni et l'infirmation de toutes nos grandes déclarations des droits ... . Il en va de notre humanité, si l'avancement, et ce qu'on prétend être "progrès", du type d'organisation sociétale dont nous nous enorgueillons, et que nous avons l'arrogance de présenter comme le modèle prééminent de civilisation, ne comporte pas ces caractéristiques, ne porte pas ce type de fruits, alors il est vide de sens, dénué de toute validité humaniste, stérile et finalement suicidaire.

Les frontières n'ont rien de définitif, pour preuve, il nous faut, les établir, les défendre, les garder, toutes sont le prix d'arrangements circonstanciés, dont l'histoire nous démontre les ajustements et la flexibilité, et surtout, surtout, elles ne reflètent en aucune manière le brassage permanent qui, au fil du temps, à métissé peuplades, ethnies et races, nous sommes descendants d'êtres qui ne connaissaient pas de frontières, la détermination de ces lignes de fractures sont consécutives à des conflits et des volontés d'appropriations dont la légitimité peut-être indéniablement contestée. En quoi une partie récente de l'Histoire aurait-elle plus de validité, de légitimité, et surtout d'immuabilité que tout ce qui l'a précédé, et va advenir ?

La terre 'appartient' 'est' englobe tous les terriens, exercer un privilège de préemption est un abus de droit fondamental, qui contrevient au droit inné de tout être humain qui doit pouvoir sans conteste bénéficier d'un minimum vital existentiel que nous prétendons pourtant défendre et honorer, à moins que nous acceptions alors l'idée que ce que nous considérons être nos territoires, nous soient contestés et éventuellement pris par la force, de la manière dont nous nous en sommes nous même emparés, si le droit est l'apanage de la volonté arbitraire du vainqueur !

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