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22 Février 2014, à Nantes j'ai croisé des hommes en noir, j'allais revendiquer pour la terre, ils venaient en découdre par la violence.

Je suis allé à Nantes, ce samedi 22 Février, dans un esprit de revendication forte et déterminée, parce qu'il s'agit d'une lutte farouche entre deux visions du monde, mais les seules armes que je portais, ainsi que l'immense majorité des dizaines de milliers de femmes, d'hommes et d'enfants qui m'entouraient étaient l'addition d'arguments légitimes, étayés, factuels qui établissent l'inutilité, l'absurdité, et la dangerosité du projets d'un autre age qu'est celui de la construction d'un aéroport en lieu et place d'une zone humide à Notre Dame des Landes, le pouvoir des mots contre l'essaimage de maux.

Malgré un temps un peu humide en début d'après midi, la bonne humeur régnait dans la foule, des visages souriant, des chants des embrassades, des slogans des pancartes, des éclats de voies, l'ambiance connu des manifs de gens écolos et humanistes dont le pacifisme tient lieu de pléonasme, je me faufilais de nombreuses minutes au hasard dans cette foule, étant seul et ne connaissant personne en particulier, lorsque je décidais de m'arrêter au niveau d'une camionnette dont la sono alternait des messages et de la musique, ça, ça me va, de la musique, et des argumentations, des informations, c'est ce qu'il me faut.

Il y avait là aussi des tracteurs, d'un autre ages, eux aussi pour certains, qui dénotaient d'avec ceux que j'avais doublé sur la voie rapide entre Rennes et Nantes, une métaphore de l'évolution du monde agricole s'imageait dans mon esprit à cette vision de tracteurs que j'avais connu dans mon enfance.

Bientôt 14h00 déjà, et nous n'avions pas avancé d'un mètre, lorsque tout à coup une scène drolatique se mit en action, un homme près de moi venait de recevoir un coup de téléphone, lui même tenait à la main un mégaphone, mais c'est tout d'abord de vive voix qu'il s'adressa tel un bateleur à celles et ceux de la foule environnante qui voudraient bien l'écouter, tout en riant, je cite : j'ai un ami qui est arrivé au Square Daviais, qui me dit que là bas c'est déjà noir de monde, (rire) et nous on est toujours là !!! Il est vrai que cette situation avait quelque chose d'assez risible, nous n'avions toujours pas fais un pas tant la foule était dense, et pourtant le lieu d'arrivée grouillait déjà, l'homme au mégaphone, entreprit alors de faire entendre son message au plus grand nombre s’esclaffant toujours davantage, avec cette fois ci l'aide à l'efficacité douteuse de son mégaphone criard, ce qui rajouta des rires aux alentours.

Nous nous étions enfin mis en mouvement depuis une bonne demi heure lorsque je vis les premiers bombages de peintures sur des vitrines et des murs, ah les gamins pensais-je ! Agacé par ces comportements imbéciles, j'étais loin d'imaginer ce qui se tramait !

J'avais certes crains quelque peu la présence de certains bonnets rouges, mais les rares que j'ai croisé sur mon parcours étaient tout aussi calme que l'immense majorité, il peut bien sûr il avoir eu quelques exceptions dont je n'ai pas été témoin.

Puis ce fût une devanture éclatée, celle d'une agence immobilière 'Vinci', je cru tout d'abord qu'il s'agissait là, d'un dérapage certes malheureux, mais qui pouvait s'expliquer sinon s'excuser par le patronime trônant sur cette agence, mais quelques dizaines de mètres plus loin, la stupeur pris le pas sur l'agacement, une situation inattendu et que j'ai encore du mal à comprendre, l'ouverture d'une rue adjacente sur notre droite, fermée hermétiquement par une sorte de herse grillagée derrière laquelle un rang de CRS se tenait épaule contre épaule, la vision aurait pu n'avoir rien de déconcertant, nous savions que le préfet avait décrété l'inaccessibilité du centre ville, instituant sa ZAD à lui, ce qui dérogeait à toutes les pratiques antérieures à Nantes, où d'ordinaire les manifestants ne sont pas évincés de la sorte, nous savions que des forces de l'ordres en quantité disproportionnées avaient été positionnées, mais les voir là cloisonnant tout un centre ville en vue d'une telle manifestation avait quelque chose d'anachronique, et je dois dire que moi pacifique convaincu, j'ai ressenti à ce moment là la provocation qui en émanait.

Mais ce n'est pas cela qui me mis dans la stupeur, non, la noirceur qu'une telle haie de sombres uniformes aurait dû provoquer était vaincu, désagrégée, maculée de blanc, et de quelques traces d'éparses couleurs ça et là ! Une quantité de peinture inexplicable gisait là sur le sol, sur lequel elle s'était répandu après avoir aspergé quelques uns de ces gardes immobiles, une quantité invraisemblable de peinture là, un mystère que cette masse, comme tombée du ciel, et ces gardes mobiles restés là immobiles, souillés de blancheur.

Tout était encore assez calme, enfin de ce calme que peut charrier une foule qui avance plutôt tranquille vers un lieu de rencontre festive espérée, mais sans vociférations, ni esclandres encore inacceptables et condamnables, mais la stupeur se mua en tension lorsque vers 'commerce' l'ambiance s'assombri perceptiblement, l'atmosphère avait changé, quelques tracteurs, fourches levées, portant haut quelques slogans tels des étendards, s'avancèrent fièrement vers le nouveau rempart d'un jour, érigé par les nouveaux gardiens casqués du'temple' centre ville, c'est là qu'à quelques dizaines de mètres de moi tomba la première grenade lacrymogène dont je fut le témoin, il devait être à peine 16h00, l'étonnement régnait, la stupéfaction se lisait sur nombre de visages, la tranquillité venait de s'estomper, l'incrédulité du premier instant, ne fut pas longue, à disparaître pour faire place à l'évidence qui venait de se faire jour, il fallait s'éloigner de ce lieu au plus vite, je me retournais, et c'est là qu'au milieu des gens hagard ils m'apparurent pour la première fois, groupés, marchant d'un pas décidé, à contre sens de la manif, fendant l'espace que la foule hébétée, avait désinvestie, comme une équipe qui ne fait plus corps. Ils passèrent là à un mètres de moi, tels des guerriers masqués, partant à l'assaut de l'ennemi, l'un de ces dizaines de groupuscules de 5 ou 6 individus tout de noir vêtus, camouflant leurs visages derrières masques et foulards, je restais sans réaction, ce n'était pas mon monde, moi mon chemin menait vers la paix, et je le poursuivi sans plus me retourner, me disant que la curiosité peut parfois être prise pour une acceptation ou un encouragement, c'est donc dans mon dos que les premières fumées montèrent, enfin celles que je croyais être les premières, mais il n'en était rien, un autre nuage d'une polluante noirceur embrumait déjà le ciel, plus loin à l'entré de la zone d'arrivé de la manif, Square Daviais un engin de chantier flambait, une foreuse, elle étaient là auparavant pointant le ciel. Le bruit jusque là encore inconnu des bombes assourdissantes, ponctua cette scène improbable.

Mais rien de navrant ne pouvait arriver, un hélicoptère surveillait en permanence la zone, nous étions bien protégé n'est-ce pas !

Je passais mon chemin, le feu qui avait consumé cette machine était déjà presque éteint, la foule avançait, plus silencieuse qu'avant, comme éteinte elle aussi.

Je n'avais plus qu'une idée en tête, m'approcher autant que faire se peut de l'endroit où les déclarations annoncées allaient être faite, une certaine désorganisation régnait, au loin les bombes lacrymo et assourdissantes ponctuaient irrégulièrement les quelques prises de paroles qui se succédèrent, sur une petite scénette, l'un des intervenants déplora la défection des médias, qui avaient fait leur choix, elles allaient couvrir et se focaliser sur les heurts, violences et dégradations, que les affrontements dont on ne pouvait plus ignorer la gravité, sans en concevoir pourtant l'ampleur réelle allaient engendrer.

La dislocation aurait dû être prononcé vers 18h00, mais je n'attendis pas cette échéance, ce qui aurait dû être festif avait sombré graduellement dans le chaos, je ne pouvais plus me réfugier dans le déni, il fallait se rendre à l'évidence, on commenterait dorénavant dans les médias, les pavés et les feux, les dégradations et la destruction, mais pas celles que l'Etat au mépris de la majorité des citoyens envisage de mettre en oeuvre à Notre Dame des Landes à l'encontre des ses habitants, pour un projet aussi inutile que destructeur, aussi vain que coûteux, non pas celle là, celle de ce jour de destruction de bien public que je réprouve tout autant !

Je condamne les violences et dégradations commissent par cette horde de voyous, quelques soient leurs motivations, parmi eux certains revendiquaient bien une appartenance, que d'autres jugeront suspecte, mais qui n'est pas impossible, au militantisme anti-aéroport, car il y a bien des militants prêt à user de violences, mais il était visible que nombre d'entre-eux n'étaient là que pour en découdre, pour semer le trouble et la confusion, je les condamne avec l'immense majorité des manifestants avec autant de vigueur que je condamne le projet NDDL.

Un autre combat met, à cette occasion, en évidence une autre forme de manipulation, celle de l'opinion au travers des chiffres, outre le nombre de manifestants dont on sait déjà depuis bien longtemps qu'il convient d'établir une moyenne entre les chiffres de la Police, 20000 en l’occurrence, et ceux des organisateurs ou observateurs jusqu'à 60000 pour certains, un autre chiffre mérite d'être reconsidéré, et mis en perspective, c'est celui de 'mille' fauteurs de troubles, casseurs, éventreurs de vitrines, et lanceurs de billes en acier et autres objets, et le nombre d'arrestations regardez bien les images que vous ne manquerez pas de voir, et faite vous votre opinion, quelques dizaines indéniablement, peut-être quelques centaines tout a plus, mais une immense minorité masquant l'autre vérité, celle des dizaines de milliers de citoyens pacifiques qui sont passés là ce jour de trouble sans la moindre violence, et la moindre dégradation.

Si les violences ont provoqués des blessures, du côté des 'forces de l'ordre' la réciproque n'apparaîtra guère dans les grands médias, et pourtant l’inexcusable a envahie les deux camps, il en est un, Quentin, qui ne perdra jamais de vue cette constatation,

Je condamne donc toutes ces violences, avec virulence, il est évident que celles-ci ont été organisé, prémédité, mais peut-être pas seulement du côté des casseurs, des témoignages étranges que je ne relaierais pas car invérifiables, circulent sur la toile, qui font forcément planer de troublantes suspicions, à vous de vous faire votre opinion.

Je n'avais alors plus qu'une envie, m'extirper de cette guérilla urbaine, et rentrer, mais sans occulter cette réalité, j'entrepris donc de rebrousser chemin, de ne pas contourner cette zone, embrumée, enfumée, piquante et tonitruante, je retournais donc vers 'commerce', aux aguets, longeant les murs, le regards loin devant, pour voir venir les éventuelles difficultés au plus vite, je croisais là des encagoulés, toussant à n'en plus finir, et des badauds errant, sur ma gauche des abris fracassés, en flamme, je pris la pleine conscience de l'âpreté des confrontations, de l'étendu des dégâts, j'avançais toujours aux abois, un peu plus loin, seul, l'étrange apparition d'un jeune masquée traînant nonchalamment une barre de fer qui faisait trois fois sa taille, et râpait le sol dans un bruit couvert par intermittence par des cris et des sifflements de bombes lacrymo, puis un peu plus loin m'apparu en second plan une escouade de CRS, posté là droit devant, dans la droite ligne du chemin à suivre, inévitable, mais encore partiellement masquée, par un individu isolé, l'arme au point. Son arme à lui c'était son objectif, pointé sur moi, qui avançait le plus tranquillement possible, afin de n'éveiller aucune suspicion quand à mes intentions, je prenais conscience à ce moment là que j'étais habillé avec un blouson noir en tissus avec des motifs blancs atypiques qui s'approchent quelque peu du genre tenue de camouflage, ma casquette en tissu noir visée sur la tête, l'air patibulaire, mais presque comme aurais dit 'Coluche', j'avançais donc sans changer de rythme, il pris la photo sur laquelle j'apparais inévitablement, à visage découvert, le regard haut, que je voulais reflétant une présence pleinement assumée, je suis peut-être fiché aux RG maintenant, mais qu'importe, je continuais donc maintenant mon avancée laissant derrière moi ce photographe suspect, avec maintenant pour point de mire approchant le cordon de CRS lui statique, j'avais vu dans la minute précédente d'autres personnes passant là, sans difficultés, je restais donc serein, l'échéance me donna raison, ce fut presque comme si j'étais invisible,semblant imperturbables, ces hommes engoncés dans leurs tenues de combats, me considérèrent à peine d'un regard inqualifiable, comme neutre.

Je tournais alors à droite m'éloignant enfin à chaque pas de ce champ de bataille, les yeux piquant, la gorge brûlante, l'esprit tout aussi embrumé que ne l'était ces rues que je venais d'emprunter, non ce n'étais pas un cauchemar, mais bien réel, insupportablement réel, sans écran télé interposé, pas dans un lointain pays, ici à Nantes un samedi que l'on voulait revendicatif mais festif et tranquille, et il le fût pour un très grand nombre, certains n'ont même rien vu de ces décombres, certains sont mêmes rentrés chez eux non sans ignorer qu'il y avait eu des échauffourées, mais n'en ayant à aucun moment senti l'ampleur et la désolation.

Il y a eu deux vérités en ce jour du 22 février 2014 à Nantes, il ne faudrait pas que l'une occulte l'autre !

Heureusement que des cinéastes amateurs témoignent également sinon, de l'autre vérité, celle de la très grande majorité des manifestants, il n'y aurait de traces dans aucun média !

En image ce que je vous ai conté, avec la vision de ce que j'ai pu moi même vivre ce jour là, je suis content d'avoir trouvé cette vidéo, qui témoignent en image et dans laquelle vous retrouvez plusieurs de mes descriptions, je vous assure que je n'ai découvert cette vidéo qu'après avoir écrit ce billet d'humeur.

Les tracteurs, ils étaient 520 environs, incroyable.

Et comme le démontrent les images, autours des points chauds, beaucoup plus de badauds et de curieux, que de vrai protagonistes des dégradations et violences.

Monsieur le Premier Ministre, si vous voulez être un Ayrault des temps modernes, laissez en arrière les projets du passé, et tournez vous vers l'avenir, celui de la transition vers un autre monde que la majorité de vos citoyens appellent de leurs vœux.

Ce projet d'aéroport, est la démonstration même de l'écart qu'il y a entre l'absurdité d'une ancienne vision de l'évolution du monde, et la réalité présente, il est aussi la pointe de l'iceberg qui illustre la perte de lien avec vos citoyens, de la désagrégation profonde de la confiance qui se meurt entre le peuple et ceux qui sont sensé le représenter et le défendre.

La majorité des Français ne veulent pas de cet aéroport, pas plus qu'ils ne veulent du monde en perdition qui se profile à l'horizon, ouvrez les yeux, et reprenez vos esprits, car la colère monte, et le point de rupture approche, il y a urgence, ne vous méprenez pas, la sonnette d'alarme est tirée de toutes part.

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Géel 25/02/2014 23:19

J'ai eu le même vécu samedi !
Géel

Daniel JAGLINE 26/02/2014 15:08

Nous sommes des dizaines de milliers dans ce cas, mais les casseurs, les médias, et les politiques, ont levé un écran de fumée sur cette vérité.